Y nous prennent pour des cons… c’est la guerre” 1

 

« Dans la guerre sociale, les masses sont l’infanterie et la cavalerie, c’est-à-dire ce dont dépend toujours la décision. La théorie est l’artillerie, c’est-à-dire ce qui est toujours trop court [...]. I1 ne faut laisser à l’ennemi aucun répit. I1 faut censurer son bavardage imbécile par le fracas de nos batteries. Artilleurs à vos pièces ! »

 

Ce que nous évoquons par la suite peut se réaliser par notre grâce d’ici quelques mois comme dans un siècle ; malheureusement notre propos ne périmera pas tant qu’il ne se passera rien

(de mémorable) (d’autrement excitant que le prochain fait divertissant – consacré comme buzz)

Vous comprendrez donc aisément qu’en général les entreprises et discours contemporains ne nous concernent que très indirectement.

De plus, nous ne parlons pas du fort d’un savoir spécialisé et reconnu, officiellement validé. C’est au contraire la rage de notre ignorance, notre incompréhension de la superficialité ambiante et notre dégoût de la résignation autosatisfaite, qui nous encouragent à persévérer.

Ainsi, nos spéculations devraient au moins interpeller les contestataires de tous crins, mais aussi, et surtout, la majorité des prudents et les inquiets : que faire, en effet, si le Capital, fort de ses milices, déclarait la faillite des Etats ?

Et puis c’est compliqué l’Economie, tout le monde en convient de gré ou de force : cela ne peut pas être simple de justifier autant d’injustice. C’est pourquoi notre véritable objet n’est ni l’argent, ni les lois, mais la confiance qui est en jeu en tout et qu’ils camisolent.

(C’est compliqué, l’Economie ?  Allons-nous l’expliquer alors ? Ben non : la réduire à notre main, à notre idée – sans merci)

Voilà, vous trouverez certainement de quoi critiquer : ça tombe bien, ici la parole est libre et la contradiction recherchée

Pour ceux que les termes work0ut, speak0ut et autres aberrations, pourraient choquer, rappelez-vous que nous nous soucions assez peu du mot (non figé, labellisé, fétichisé) et que c’est la chose et le phénomène qui importent.

Et puis, ce sérieux qui pavane – à mourir de rire et de rage mêlés –, nous empêche définitivement de l’être trop. Et l’anglais, trivialisé, passe-partout, signifie mieux notre ambition et notre position qu’« accomplir » et « franc parler ».

Nous ne citons pas nos sources ? C’est que pour nous la lecture, ou l’audition, qui est faite d’une chose équivaut à son écriture. N’importe quel texte, slogan ou signifiant est la propriété aliénée du lecteur-interprète et du producteur. De même le monde est une copropriété dont nous voulons virer les syndics. Que m’importe de posséder une maison si le monde ne m’appartient pas ?

 

sommaire

 

1 Il y a des approximations qui ressemblent à de la désinformation. Il semble plus juste, en effet, de dire : « on nous propose des vies de con et on les accepte sans se battre, sinon trop tard, pour des miettes moisies ».

(Comme on accepte la famine, dont la menace devrait être écartée depuis 40 ans – serait-elle d’origine politico-financière ; comme on accepte une société organisée essentiellement autour du travail, plutôt que du jeu et du débat ; comme on prétend ne pas se résigner à la médiocrité et à la peur, etc. ; libres aux gens de se retrouver dans ce on)

Telle est la différence entre l’expression populaire, saisie par ce mantra défaitiste, et l’expression laïque – si l’on appelle les choses par leur être : du grec laikos, qui concerne les gens. Toute la soumission que sous-entend la formulation « y nous prennent pour des cons… », son acceptation et sa répétition compulsive, toute cette soumission se retrouve dans le caractère de la guerre, qui est une guerre subie : que l’on n’a pas décidée, dont on ne connaît pas les règles et où l’on n’a pas l’initiative – à moins de la prendre. Bref, ce qui pourrait être une déclaration de guerre enthousiasmante, même sourde ou secrète, n’est qu’un constat désabusé et désarmé, qui se dit aussi : « de toutes façons, on n’y peut rien… » Vive la dictature du bénévolat ! Vivent les chaînes de la démocratie délibérative !